L’îlot pépinière ou le chantage aux logements

Depuis sa création, l’APU Fives accompagne les habitant-e-s de l’îlot pépinière dans leur combat face à la SPL Euralille. Retour sur une soirée houleuse, la réunion de «concertation» du vendredi 20 février.

La scène se déroule dans la petite salle de sport de l’école maternelle des Dondaines. Au mur, un grand écran sur lequel va défiler un power-point (classique). Devant l’écran : une maquette. Sur la gauche les élu-e-s et représentants de la SPL. Stanislas Dendievel, adjoint au grands projets urbains, Walid Hanna, adjoint à la politique de la ville et à la démocratie participative, Alexandra Lechner, maire de quartier de Saint-Maurice Pellevoisin, Michel Denord, président de la SPL Euralille et un certain Monsieur Alain représentant du cabinet d’architecte Tandem Plus.

Sur toutes les chaises du public, un journal au design très travaillé intitulé L’îlot pépinière. Avant de commencer, c’est le silence. Walid Hanna, prend la parole et se veut convivial : « venez vous asseoir sur les chaises devant… ». Mais l’ambiance n’y est pas. Devant le refus de bouger, il se résigne : « Vous voulez rester debout ?… Bon d’accord. » On sent la tension des orateurs. Dendievel intervient en appuyant sur le fait qu’il s’agit de la « quatrième » réunion de participation autour du projet. Alexandra Lechner prévient que le journal est « un premier essai de communication ». Stanislas Dendievel reprend la parole pour expliquer une nouvelle fois le projet : « 2,2 hectares… blablabla… ZAC pépinière… blablabla… » et arrive sur le clou de l’argumentation qui sera celle de toutes les édiles présente ce soir là : « Le tout dans une agglomération où 50 000 personnes sont en attente de logement social. »

« La ville dense », voilà leur mot d’ordre

Les opposant-e-s au projet de la ZAC Pépinière seraient de dangereux militant-e-s contre la construction de logements sociaux ? « A chaque fois que vous dites le mot béton essayez de le remplacer par le mot logement» nous explique Michel Bonord, directeur de la SPL Euralille. « La ville dense », voilà leur mot d’ordre, quitte à faire table rase de toute l’histoire de Lille, quitte à passer au delà des opinions des habitants du quartier. Un article a été publié ce mois-ci sur le site de la SPL à propos de la réunion. On peut y lire ce genre de propos : «Pas facile d’expliquer et faire comprendre les enjeux d’un projet urbain, surtout quand il peut amener à des expropriations et suscite beaucoup d’appréhension. Tout se mêle, s’emmêle, devient confus et passionnel ». Quand des habitant-e-s s’élèvent contre un projet, ils n’ont pas les idées claires pour la SPL Euralille. Ça pue le cynisme des technocrates …dessin triton article ilot

Car effectivement personne ne s’entend ce soir là. D’un côté des élu-es et technicien-nes droit-e-s dans leurs bottes. De l’autre des habitant-e-s souhaitant être entendu-e-s, alors qu’on leur oppose du mépris.

Nous faire croire qu’on va loger les sans-abris sur la pépinière, ça ne passe pas

Face à leurs arguments de logements et de légitimité électorale (sous-entendu : voter tous les cinq ans et entre les deux, c’est nous qu’on gère !) les nôtres ne sont pas entendus. On a jamais été contre la construction de logements, bien au contraire. Par contre, nous faire croire qu’on va loger les sans-abris sur la pépinière, ça ne passe pas. Pourquoi la mairie tient tant à construire des logements à cet endroit précisément ? À côté de ce « Hub » de transports que sont les gares ? Pourquoi bétonner le dernier poumon vert du quartier alors que les espaces urbains délaissés ne manquent pas ? Nous n’aurons pas de réponse ce soir là et on s’y attendait. Derniers coups portés par la salle : l’un par un des habitant-e-s de l’îlot lancé au technicien de la SPL : « Est ce que vous vendriez votre maison au prix des Domaines ? » L’autre par un militant de l’APU : « Parlez-nous du comité de pilotage du projet pépinière en date du 13 décembre 2013, dans lequel vous énumérez les habitant-e-s, le prix que vous leur proposez pour leur maison et les enveloppes jusqu’aux quelles vous pouvez monter? » (prix allant du simple au double). Le débat s’est soldé par une énième non-réponse. Le silence est parfois plus éloquent que la langue de bois des politiques.

Quelques jours avant la sortie de ce numéro, sans prévenir personne, les arbres de la pépinière ont été rasés.

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