Le Petit Maroc : entre l’histoire et le présent

Le 6 juin dernier, l’APU Fives-Hellemmes aidé d’autres associations a organisé une balade urbaine se terminant au Petit Maroc. Cela a été l’occasion de se remémorer certaines luttes et mobilisations collectives qui ont fait vibrer ce quartier du Petit Maroc. Mais tout d’abord qu’est ce que le Petit Maroc ?

Le Petit Maroc est un quartier situé entre Ronchin, Hellemmes, Fives et Moulins. Il regroupe plusieurs centaines d’habitant-e-s (à peu près huit). Le quartier est enclavé entre la voie ferrée et le boulevard périphérique. Il est donc relativement peu accessible. Il est également le voisin immédiat de la chaufferie Résonor très polluante, et de la future cuisine centrale des établissements scolaires lillois qui va déverser dès 2016 ses camions sur les routes de Lille. P1050968

Un quartier à part

Selon la légende locale, ce lieu aurait été fondé au début du XXème siècle par des tirailleurs marocains qui auraient été démobilisés pendant la Première Guerre Mondiale. C’est de là que viendrait le nom du « Petit Maroc ». Mais d’autres versions de la fondation et de la création de son nom existent. Ainsi une habitante raconte qu’il daterait de 1901 : un ancien militaire ayant fait son service au Maroc aurait vu les nombreuses maisons en bois du quartier et se serait écrié qu’il se croyait au Maroc. Ou encore, et selon le numéro du Nord Illustré de mars 1913, il aurait été fondé en 1907 par un vendeur de pommes de terres, propriétaire audacieux qui louait des logements en bois pour les « zôniers » de la zone non aedificandi (là où on ne pouvait pas construire sauf en bois car le périmètre était proche des fortifications)

Un quartier convoité

Le Petit Maroc est un quartier populaire sévèrement touché par la désindustrialisation : sa population décline et toutes les écoles du quartier ont fermé. De nombreuxses habitant-e-s travaillaient en effet dans les usines d’Hellemmes et de Fives, et le quartier a connu de fortes vagues d’immigration pour le travail pendant les Trente Glorieuses. Depuis 2011, l’usine et le magasin B’TWIN Village se sont implantés sur les vestiges d’une
usine de tabac construite dans les années 1960s et qui a fermé ses portes en 2005, non sans combat de la part de ses salariés qui habitaient le quartier4. Très peu d’habitante-
s du Petit Maroc travaillent aujourd’hui dans B’TWIN Village. Pour justifier la « reconversion industrielle », Décathlon nous a pondu une brochure très fouillée sur l’histoire du quartier et a fait poser des habitant-e-s du quartier kiffant chevaucher leurs vélos Oxylane flambants neufs.

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Un quartier en vie

Que se passe-t-il actuellement au Petit Maroc ? Sans compter les consommateurs-trices et salariée-s de B’TWIN Village ainsi que les ouvrier-ères construisant la cuisine centrale, il ne se passe pas grand chose. L’association d’animation du Petit Maroc installée dans la salle Mariotte rue des Frères Lumières essaie tant bien que mal de combler les vides d’un quartier délaissé par les industries et par la mairie. Elle organise des bouffes et accompagne les gosses du quartier dans le centre social de fortune qu’elle a créé. Quel avenir les pouvoirs publics réservent-t-ils à ce quartier ? On ne sait pas trop, mais sa récente qualification en quartier dit prioritaire « politique de la ville » laisse présager d’un regain d’intérêt pour ce quartier de la part de ceux mêmes qui l’avaient délaissé.

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