Privatiser le commun : exclure toujours plus

Envergure, un lieu singulier où bien-être et intimité de chacun seront préservés», «Clos Héloïse […] Habitez au coeur du bien-être»1, découvre-t-on à l’intérieur des brochures promotionnelles des nouveaux logements de la rue Coustou, et rue de la Marbrerie. Le marketing fait rage pour vendre ces résidences mais que cachent ces slogans ?

Ce type de slogan publicitaire, qu’on retrouve pour de la lessive ou pour le dernier village vacances, se focalise sur le bien-être individuel, le confort privé, et la sécurité. Quelles conséquences ont tous ces nouveaux lieux, sur la ville au quotidien? À qui profitent vraiment ces opérations immobilières? Aux passagers du quotidien, promeneurs pressés ou citoyens du coin?

« Le Clos Héloïse se fond harmonieusement dans son Environnement citadin »

Avec ses façades sans voix, ses portails automatiques sécurisés, ses volets électriques fatalement clos, et ses tragiques clôtures métalliques, on en doute sérieusement. Que dire alors de ces interphones, digicodes, vidéo-phones ; et autres systèmes de surveillances aux regards inquisiteurs? Mais que cachent tous ces îlots enclavés? C’est qu’ils sont bien méfiants ces édifices… Protègent-ils ce «jardin d’Éden», cet «espace vert central paysager […] agrémenté de plantations de diverses essences»2 vendu par la publicité?

C’est une bien étrange stratégie qui se dessine ici-bas. Elle s’éreinte à isoler, privatiser, surveiller, et à rendre l’espace public consommable. Ainsi une nouvelle foule d’édifices solitaires, vient discrètement peupler les rues. Ces oasis urbaines sont des enclaves retirées du commun urbain.

« Envergure: autre façon de vivre la ville»

Sur la brochure, une femme sourit de joie devant cet idéal enfin à portée de main. Même l’intérieur des logements obéit à cette stratégie d’isolation urbaine : réduisant toutes possibilités de vie commune à de vulgaires espaces techniques, escaliers de secours, ou des locaux poubelle.

Cette exclusion voulue, serai-telle un argument pour tous ces jeunes cadres amoureux-euses, ces étudiant-es, chercheur-euses, créateur-trice-s ambulant-es, ou ces ménages recomposés, voir décomposés, séduits par un désir de «distinction»3 ? Pas uniquement, cette logique va plus loin.

« Devenez propriétaire en bénéficiant des prix maîtrisés pour un nouvel art de vivre »

Malheureusement, ce désir de singularité ne peut constituer un unique reproche. Symptôme d’une mutation inéluctable de nos sociétés, elle transforme le lien entre espace et individu en une nouvelle géographie urbaine. «A l’homogénéité sociale de la ville des riches est venu s’opposer récemment la diversité aussi évidente que substantielle de la ville des pauvres»4. C’est pourquoi aussi certains promoteurs, profitent de cette complexité pour faire du profit sur l’exclusion.

Pour bâtir cette (anti)ville renouvelée, combien de personnes se font chasser de leurs quartiers ? Combien d’expatriés sont contraints de partir vers des contrées toujours plus éloignées à cause de l’augmentation des loyers ? Ces mêmes promoteurs proposent aussi leurs valeureux services pour offrir leurs pavillons, grignotant au passage les terres agricoles. Cherchant constamment l’opportunité la plus rentable, ces acteurs modifient irréversiblement notre territoire.

Aveugle, mais toujours déterministe, l’urbanisme d’aujourd’hui ne prend pas en compte la mutation de son principal sujet: la société. Même si, ici-bas émerge d’autres voix urbaines

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